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J'ai cru voir ELVIS PRESLEY - The Vintage Tribune

elvis.jpgQu'on le veuille ou non, Elvis Presley aura joué un rôle énorme dans l'évolution de notre mode de vie occidental.
Les bouleversements qu'il à provoqué dans le monde musical, la mode, le milieu du spectacle, la télévision et dans la place de la jeunesse dans la société, se font encore ressentir aujourd'hui.
Il est donc peu surprenant que cette année, un grand nombre d'évènements entourant le 30ème anniversaire de sa mort vont camper sur toutes les plateformes médiatiques.
Ce phénomène sera d'autant plus amplifié par les efforts de la compagnie de divertissements CKX, les nouveaux gestionnaires de Graceland depuis 2006, qui ont pour but de faire doubler sous peu le chiffre d'affaires de Graceland, au détriment d'une certaine authenticité que les 700'000 visiteurs annuels du lieu viennent chercher à Memphis.
L’après-midi du 15 août 1997, le projet de construction de méga-hôtels et d’extensions des musées en face de Graceland ne sont qu’une menace lointaine. Les innombrables boutiques à la climatisation salvatrice entourent le visitor center greffant chaque touriste d’un gadget imprévu. L'énorme parking officiel du site historique en devenir attend la nuit pour recracher la chaleur infernale emmagasinée sous le soleil du Tennessee.
Travaillant comme guide pour une compagnie touristique, je gare mon bus à l’entrée du camping KOA de Graceland, derrière l’actuel Heartbreak Hotel, afin de prendre possession des sites réservés pour mes passagers.
"Heureusement que vous avez réservé !" me lance la gérante du camping en vérifiant ma confirmation, "Dès ce soir vous ne pourrez même plus circuler sur Elvis Presley Boulevard tant il y’aura de "pèlerins" en attente devant la grille de Graceland."
Je réalise soudain la signification du "Death Day" à Memphis.
Je me réjouissais depuis quelques jours de cet évènement que j’imaginais vivre en toute intimité, entouré éventuellement de mes touristes curieux et de quelques nostalgiques quinquagénaires à la banane grisonnante. Du haut de mes 27 ans, je pensais être le seul à m’imprégner et m’émouvoir des souvenirs des autres et nourrissais l’espoir de verser en toute exclusivité quelques larmes suisses sur la tombe du rêve américain.
… C’était sans compter sur les 35'000 invités surprises en provenance du monde entier, voir de plus loin, dont le seul but en venant au monde visait à me passer devant lors de ce moment tant attendu.
Mais il est 17h, le 15 août, et je ne le sais pas encore.
Le premier choc vient à la tombée de la nuit, en route pour Beale street. En sortant du camping, je tente de me faire tout petit avec mon bus de 5 tonnes et de me frayer un passage entre les fans agglutinés devant le #3734 EP boulevard. Beaucoup passeront la nuit là.
En arrivant en ville, stupéfaction ! Tout le monde a les yeux levés vers le ciel. Elvis est-il en plein retour, accompagné des cavaliers de l’Apocalypse ? Presque….
Les Elvis volants se posent devant nous, avec leurs capes aux brillants illuminés et leurs parachutes TCB(www.flyingelvi.com ). Mes touristes sont ravis, ils sont convertis au Rock’n’roll.
Durant la nuit et la journée suivante, je vais faire des rencontres extraordinaires avec des personnes de tous horizons, de tous âges. Chacun est venu pour une raison différente vivre ce moment si spécial dans cette ville imprégnée de mythe et d’humidité. Même si la vue nauséabonde d’innombrables faux Elvis suintants semble prédominer au début, le rêve et la musique finissent par l’emporter.
Nuit du 17 au 18 août 1997.
Il est 2h du matin. Je n’arrive pas à fermer l’œil. Il fait 34° dans ma tente, qui pour je ne sais quelle raison, fait office de lieu de réunion pour tous les moustiques du Mid-South.
La journée a été longue. J’ai finalement pu passer un moment avec le King dans l’après-midi. Tout semble mort depuis 24 heures, même Elvis… J’ai envie de fumer. Je marche le long du boulevard à la recherche d’un shop ouvert. Des immondices offerts par les fidèles au Dieu du Rock’n Roll jonchent le trottoir, comme des offrandes à peine plus éphémères que les graffitis, parfois sincères, posés comme des marque-pages dans des chapitres voués à l’oubli.
J’aperçois le néon cillant d’une station service, annonçant une essence à 94 cents le gallon et le paquet de Marlboro à 1.60$ . Ca me va, je n’ai pas beaucoup de choix.
Sur le retour, ma grande générosité et un peu ma trouille me pousse à me délester d’une partie de mon paquet tout neuf au profit d’un clochard aviné. Aux abords des premiers parkings de Graceland je m’installe sur le capot de ce qui devait être une rutilante Lincoln à l’époque où les Presleys répondaient encore à la sonnette, et m’allume ma cigarette tant attendue. Les images de ces derniers jours viennent se mêler à ma fumée, épaissie par l’humidité omniprésente.
Soudain, je crois rêver. Le lourd silence de l’après-fête qui pesait sur la région depuis le départ des derniers charters est remplacé par une voix lointaine. Ca vient du parking des gift-shops, c’est du live, c’est nu, c’est magnifique, c’est lui …! Mon cœur bat la chamade en reconnaissant la chanson "In the ghetto".
Au 2ème couplet, j’arrive au coin du bâtiment et devant moi, agenouillé face au grillage de Graceland, un homme chante les bras ouverts. Il ne me voit pas et continue sa performance que personne n’aurait dû entendre. Sa voix est profonde et juste, son émotion palpable. Les notes raisonnent sur le bitume et en voyeur discret, je jouis de chaque instant de ce spectacle poignant…
10 ans ont passé, et à la veille du 30ème anniversaire de la mort d’Elvis, mon souhait est que des moments aussi authentiques continuent à exister autour de la légende du King, que la magie qu’il nous à léguée au travers de sa musique survive aux sempiternelles parodies de ceux qui n’ont jamais voulu le découvrir d’un œil objectif.
Johnny Five

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